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Elle s’appelle Sabine de Sandrine Bonnaire



J’ai enfin vu le film que Sandrine Bonnaire a réalisé à propos de sa soeur, Sabine, autiste. Comme tant de personnes, dont j’ai lu ici ou les critiques, je trouve ce film admirable à bien des points de vue. A la fois la forme, qui est celle du documentaire filmé sans effet de caméra, et qui alterne avec des images d’archives, selon un montage savant et précis, efficace mais pas racoleur, mais aussi sur son fond pour ce qu’il fait le constat d’un échec humain lamentable, celui de la psychiâtrie en milieu défavorisé — plus exactement en milieu hospitalier surpeuplé, et je repense alors à cette phrase du docteur Mori psychiâtre à l’hôpital André Breton de Saint-Dizier, les hommes sont comme les pommes, quand on les entasse, ils pourissent — mais aussi le désir d’humanité devant ceux d’entre nous qui ne marchent pas au même pas que tous.

Mais ce qui m’apparaît le plus remarquable encore dans ce film c’est la réussite à montrer le regard d’une personne autiste sur sa propre condition, dans le cas de Sabine, la soeur de Sandrine Bonnaire, c’est un regard terriblement douloureux qui se rend bien compte qu’elle est passée par une phase d’abandon dans laquelle elle a perdu beaucoup d’elle même, en premier lieu la grâce.

Les histoires et les personnes souffrant d’autisme sont toutes très différentes, mais je m’aperçois que cette grande crainte qui est la mienne, qui grandit en ce moment, à propos de Nathan, qu’il devra un jour prendre conscience de ce qui le sépare de nous et que ce sera là l’occasion d’un apprentissage terriblement douloureux, sans doute comparable à la douleur de celui qui recouvre d’un accident et à qui ont annonce qu’il ne marchera plus. Que dirons-nous à Nathan quand il nous demandera pourquoi il n’est pas comme d’autres enfants ?

Dans le débat qui fait suite à la projection du film, quand on demande à Sandrine Bonnaire quelles pouvaient bien être ses motivations de filmer sa soeur Sabine, elle répond qu’alors elle nourissait l’espoir que cette soeur grandirait et qu’elle parviendrait à s’extraire partiellement de ce qui encombrait toute son existence, le témoignage de ces images d’archives fonctionne à l’envers de ce qu’il devait produire, il montre au contraire une jeune femme, à la beauté un peu sauvage, souvent heureuse, pleine de vie et apparemment capable de toutes sortes de gestes de la vie de tous les jours, autant de choses que Sabine Bonnaire après cinq ans d’internement prison dans un hôpital psychiâtrique déshérité, n’est plus à même d’accomplir seule, prisonnière d’un corps pataud et paralysant et encore partiellement assomée par des médicaments abrutissants.

Les images que l’on fait avec la volonté d’archives pour le futur ne nous enseignent pas tant sur le passé, mais davantage sur l’incertitude de l’avenir.