dimanche 12 mai 2002, par Alain François
Cet article a deux ambitions :
1 Marquer pour mémoire les étapes de l’aventure collectives du site Bonobo.net. Elle se présente donc comme le carnet de bord du voyage virtuel du singe Bonobo sur l’océan du web.
2 Mais elle permet aussi au surfeur curieux de découvrir le visage et, esquisser, le caractère et l’histoire des artistes qui animent ce site trifide.
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Céline Guichard & Alain françois, créateurs du site Bonobo.net (Photos : Céline Guichard)
Le web présente l’avantage énorme de ne montrer d’une personnalité que ce qu’elle veut bien dévoiler ou ce qui peut inconsciemment lui échapper. C’est le propre de toute « œuvre » de servir de filtre entre l’individu et l’autre. Ici, au propre comme au figuré, la distance est immense entre l’émetteur et le récepteur (excusez le jargon « communicant »). Mais paradoxalement, l’expérience Internet s’est avérée bien plus « chaude » que prévu. Les réactions chaleureuses se sont multipliées et la réactivité du courriers électronique a provoqué de nombreuses rencontres amicales. C’est pour répondre à cet accueil positif que nous dévoilons aujourd’hui un peu plus de nos existences réelles. L’histoire du site Bonobo.net :
Premier signe :
La première fois que j’ai entendu Parler du réseau, ça devait être en 1994 à l’occasion d’un repas fêtant le bref et bien rare passage en France de Laurent Mignonneau. Revenant des Etats-Unis, il m’explique que son ordinateur est connecté à un extraordinaire réseau mondial reliant les universitaires.
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« Life Spacies », un site internet de Laurent Mignonneau, figure marquante des mondes virtuels. |
Je n’avais jamais entendu parler d’une chose pareille en France, enfermé sur son austère réseau minitel. Comme je n’imaginai pas avoir les moyens de posséder un ordinateur, j’ai vite oublié cette anecdote pour retourner peindre dans l’atelier associatif du groupe d’artiste que nous avions fondé en janvier 1993 avec, entre autres, Fabrice neaud qui plus tard nous fit la désagréable surprise de nous transformer à notre insu en personnage de bande dessinée. Quelques parcelles de notre histoire se trouvent donc disséminé dans son « journal » édité aux éditions EGO comme X. Enfin, son point de vue sur notre histoire commune.
En 1995, le groupe éclate, destin normal d’à peut près tout groupe d’Artiste, et je pars avec Céline pour d’autres cieux.
L’année suivante, alors que nous reposions nos organismes de la période de bohème « pure jus » d’on nous sortions, j’ai le plaisir de croiser un ami que je n’avais pas vu depuis 5 ans. Je présentais donc Céline au génialissime et tout-un-tas-de-trucissime Etienne Barthomeuf.
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La tête et un bras d’Etienne Barthomeuf © Photo Etienne Barthomeuf |
Ils se découvrirent à l’occasion une immodérée passion commune pour les petites bestioles dessinées. La rencontre fut trop brève cette année-là, mais il eu le temps de nous parler de sa dernière création : un site Internet entièrement dédié à l’imagerie du cochon, l’illustre Pink Pig Page ! La rencontre avec cet « homme qui
danse avec le cochon », allait changer notre destin !
L’adresse de son site, griffonné au moment du départ, allait nous inoculer un virus dont on ne guérit pas. Un bar cyber venait d’ouvrir dans notre quartier. L’inexpérience du patron ne nous découragea pas et nous avons découvert à grands frais mais avec émerveillement nos premières pages html pleine de cochon rose. Quand j’ai vu ces pages, j’ai regardé Céline et lui ais dit : Je veux ça ! Une exclamation révolutionnaire pour moi qui souffre d’une faible propension à la possession et même d’une certaine tendance au dénuement. Dans les mois qui suivirent, mon obsession mûrissant doucement, je finis par me résoudre à un acte encore plus contre-nature : j’entrais dans une banque pour obtenir un crédit. Et ainsi l’ordinateur et le réseau envahissaient ensemble nos vies !!! (là, on devrait entendre un cœur de trompettes, mais j’aime pas les fichiers son à télécharger).
L’apprentissage :
Depuis quelque temps, je travaillais déjà comme infographiste (faut bien vivre ma brave dame !), initié à la chose par un être étrange, Jean-Marie Debaud, qui m’a fait découvrir ces plus beaux jouets du monde que sont les logiciels graphiques, les logiciels de 3D et l’univers pervers du graphisme numérique et du pré-press en général.
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JMD, qui a demander à ce que son crâne soit masqué pour ne pas être reconnu. © Photo Alain François |
Cet homme providentiel nous présenta plusieurs de ses amis, dont Philippe Richard, encyclopédie vivante de l’imprimé fin de siècle (le 20e) et des ordinateurs personnels, qui s’est empressés de nous plonger dans « l’underground » de l’informatique et des réseaux : Freeware, utilitaires multiples, téléchargement et forum grouillant d’une vie apparemment sans limites etc., etc…
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Philippe Richard (à gauche) et Alain françois. © Photo Céline Guichard |
Maintenant que l’ordinateur trônait fièrement au milieu du salon, et l’encombrait passablement, nous ne pensions qu’à une chose : avoir notre jolie page perso pour présenter les photos et peintures que nous avions produites dans notre ex-atelier. Les offres des fournisseurs d’accès n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui. Mais Jean-Marie, mon « collègue », m’avait présenté un autre de ses amis : Jean-louis Né. Ancien journaliste, celui-ci venait de monter une entreprise duale vouée au fax et à l’Internet. Il allait être le véritable parrain de Bonobo.net. Solidement épaulé par ses employés-acolytes Adrien Farrell et Guillaume Verdun, ils durent tous les trois supporter les armadas de questions techniques qui me plongeaient chaque jour dans des abîmes de perplexité. Je ne comprends toujours pas comment j’ai pu ne pas user leur patience !
Acte de naissance :
Je ne savais pas faire de page html, je n’avais jamais ouvert de logiciel approprié et Céline venait juste de dessiner le singe, notre logo-mascote qui marque tous les coins du site de ses phéromones entêtantes (sale bête !), quand j’explique à notre nouvel ami Jean-Louis notre vague projet. Il me répond simplement : tu as quelques choses là ? Un dessin, un logo ?
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Adrien, Guillaume et Jean-Louis. © Photo Alain François |
Je sors donc la carte de visite que Céline vient d’imprimer avec le singe en travers. Il la garde et nous en restons là. Le lendemain, au téléphone, il m’explique que le singe est en ligne accompagné de cette légende : bientôt ici, une galerie d’art. J’ai eu un moment d’affolement en pensant à mon incompétence vertigineuse. Au pied du mur, je me suis attelé à la fabrication de mon premier site. Tous les soirs de la semaine qui suivit furent studieux, très studieux, très très studieux, et j’ai bien faillit en perdre mes cheveux. Mais je ne sais plus trop comment, au bout de la semaine, il etait là : le bébé Bonobo !
à lire aussi : « Une brève bio des créateurs de Bonobo.net »