
Deux articles du Bloc-notes du désordre à propos du handicap, et plus particulièrement d’autisme
jeudi 23 octobre 2008, par Philippe de Jonckheere
<attention partie du raisonnement un peu trapue si vous êtes une personne non-comprenante>Dans le domaine de l’enfance autiste, il y a un paramètre assez déterminant qui vaut la peine d’être mentionné. C’est celui de l’argent. Et je pense que ce même nerf doit souffrir avec d’autres formes de handicaps, mais je connais moins les autres handicaps. Pour un enfant autiste, il va exister toutes sortes de solutions de prises en charge, aussi bien thérapeutiques qu’éducatives, et dans le dosage de cette combinaison, de même que dans les orientations thérapeutiques, le choix des parents, qui auront tout intérêt à prendre conseil auprès d’un médecin prescripteur (et de bien le choisir), on peut dire, sans schématisation excessive, qu’il y a deux grands types de prises en charge, celle institutionnelle et celles libérales. L’accueil institutionnel est entièrement à la charge de l’Etat. Et il est fort coûteux. Les chiffres varient entre 50 et 200.000 euros par an et par enfant. C’est une dépense d’autant plus onéreuse qu’elle n’offre pas la meilleure des solutions vis à vis des enfants autistes, les confiant pour la plus grande part à l’impuissante psychiatrie face à une affliction qui précisément ne ressort sans doute pas de son champ de compétence, puisqu’elle relève davantage de la neurologie, on dirait que c’est de l’argent passé par dessus bord, qu’on ne choquerait pas beaucoup de personnes, même et surtout psychiatres. Une autre politique de prise en charge des enfants autistes est au contraire celle dite du privé ou du libéral. Entendre par là que les parents de l’enfant autistes suivent, ou ne suivent pas, les recommandations d’un médecin prescripteur et s’adressent à des professionnels spécialisés, c’est-à-dire, principalement, des orthophonistes et des psychomotriciens spécialisés, des psychologues, des ostéopathes, par ailleurs il est recommandé que cette thérapie multiple soit accompagnée d’une démarche éducative personnalisée, et là le coût total de la prise en charge varie entre 5000 et 25000 euros par an et par enfant, dont la plus grande partie échoit aux parents, aidés qu’ils sont, insuffisamment, par des allocations d’aides sociales, dont c’est peu de chose de dire qu’il faut se battre pour les obtenir — à ce sujet il y aurait à dire sur le fait que les demandes d’aide ne sont jamais honorées dans la totalité de ce dont il est fait état dans le dossier des demandes, ce qui impose une pression indue aux familles qui persévèrent dans cette voie libérale, ou, au contraire, contraignent les familles les plus démunies à abandonner des thérapies qui leur sont prescrites ou qu’elles avaient courageusement choisies : une injustice sociale scandaleuse. Très sincèrement, le choix du privé, s’il est judicieux, relève surtout du parcours du combattant et à tous moments, notamment durant les efforts des parents pour une intégration scolaire de leur enfant dans un milieu classique, ces derniers auront à subir la pression institutionnelle poussant à la déscolarisation, elle-même tendant vers la désocialisation, bref l’institution. Et pourtant cette dernière, c’est avéré, accueille mal les enfants autistes — pour s’en convaincre je ne recommenderai jamais assez le film de Sandrine Bonnaire Elle s’appelle Sabine — et elle est donc très coûteuse. Malgré cette inadéquation, qui plus est exorbitante, de l’institution, la pression administrative pour que les enfants soient institutionnalisés est écrasante et répétitive.
</fin de la partie du raisonnement un peu trapue si vous êtes une personne non-comprenante>
<brève récréation fournie par l'école De Croly à Saint-Mandé>Un contre-exemple, dans l’école De Croly, qui est une école d’Etat, l’année dernière, j’ai vu des enfants de trois à quatre ans, les camarades de classe de notre petite Adèle, inventer des règles de jeu différentes pour pouvoir jouer à chat avec leur petit camarade paralysé des deux jambes, qui, quand il était le chat, roulait après des souris qui devaient fuir à cloche-pied. <fin de la trop brève récréation fournie par l'école De Croly à Saint-Mandé>