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Mondo-Mulloy,
dessin-abimé

Phil Mulloy. Disons toutes proportions gardées ce que le Goya des horreurs de la guerre a été au peintre encore mondain auquel il s’est substitué lorsqu’il a été assez mûr, assez cuit dans son jus pour ça.

Oubliez ce que vous avez vu d’animation depuis quinze ans, et allez voir cette série d’une dizaine d’a(bomin)nimations courtes. Ne mangez pas trop lourd avant. Conseil personnel.

Mulloy ne s’intéresse ni de près ni de loin à la maîtrise technique. Très loin des virtuosités un peu mièvres des Pixar et autres japoniaiseries, des bons sentiments et de l’humour de bon goût, pas exactement pour tout public. Très loin des palettes de couleurs choisies et des puissants magouillages 3D. Et même très loin de l’excellent mais plus immédiatement poétique et surréaliste Plympton qu’on avait découvert dans la même série.

Mulloy veut dire, d’urgence, raconter et faire rire, mais l’animation bien faite, il s’en fout. Il n’a pas le temps. Tout cela est marqué d’une urgence d’homme seul qui bidouille dans son atelier (il est installé au pays de Galles, dans une ancienne étable, on le voit très bien, on l’imagine). Et puis il est peintre, ni graphiste, ni colonel de studio maintenant ses troupes dans un délire concertant de ventilateurs excédés. Par moment, on est aux limites des séquences Flash qui grouillaient sur Wired il y a quelques années. Mais en moins rond, en moins bonhomme, en plus …

Mulloy abandonne la peau, la graisse, la chair. Il réduit ses personnages à leurs squelettes et les peint en noir. Les squelettes se tordent. Les nez sont pointus, se cassent, se tordent. Les bouches dégueulent de dents, de chicots mal plantés, noirs, les voix peinent à les franchir, distordues, cordes vocales lyophilisées, parole momifiée. Il simplifie le trait, les décors, les situations, il anime à peine, ça gesticule, ça ne bouge pas vraiment. L’idée qu’on se ferait d’un dessin animé au fusain. Non. Trop raffiné. Disons le dernier homme avec un bout de charbon à la main, peut être un fémur carbonisé qu’il a arraché aux rebuts du désastre, et qui se force à prouver qu’il est encore homme, créateur, debout sur le tas de ruines, contre un mur de béton rescapé.

Il raconte, des petits riens qui tombent à l’eau, qui ne conduisent nul part. Il s’en fout des histoires qui vont à leur fin en ordre rangé, il montre, tant pis s’il n’a plus de voie de sortie, on le suivra jusque là, et on passera au suivant. Il montre la guerre, l’amour - hommes et chiens mêlés - la politique, la peur, la torture, le plaisir. Tout cela tourne sur soi, pas comme on tourne en rond, mais comme le même fait retour, les mêmes sentiments et les mêmes jeux basiques qui nous animent. Joyeusement dégueulasse, drôle et répugnant, vrai jusque dans l’outrance, comme ces déconnages de pré-ados qu’on a oubliés avec un peu de honte d’avoir pensé alors si direct, sans s’encombrer, mais portés ici en force jusque sur la pellicule, avec des êtres qui brûlent sans faire vrai, comme les mauvaises blagues, exactement.

Un régal.

Voir en ligne : Il existe un DVD du larron ici

P.-S.

Alain François me fait remarquer que japoniaiserie est facile et que les dessins animés japonais sont tout de même moins niais que les Dysney … sans doute, sans doute. Pour la peine, je me laisse pousser les oreilles.