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Noyade à deux dans un verre d’eau



Quelques réflexions tristement amusées que m’inspire la fausse joute entre un écrivain brillant, Marie N’Diaye, et un député d’extrême droite, Eric Raoult.

Déclarer que l’on est parti s’installer à Berlin avec mari et enfants pour fuir la France de Sarkozy, quand on est un auteur aussi connu, adulé presque — le Goncourt ce n’est pas rien tout de même — et qui revient fréquemment en France pour toutes sortes de manifestations littéraires, sans en être manifestement inquiétée — ce que je ne déplore pas, qu’on me comprenne bien, pitié ! — est affligeant de snobisme, et d’une certaine forme d’égoïsme par son absence de lutte vraie.

J’aimerais qu’on m’explique pourquoi une fois sur deux quand on parle de Marie N’Diaye, on mentionne que son compagnon est l’auteur Jean-Yves Cendrey, j’y vois là la marque indélébile d’un sexisme éprouvant, si ce n’est pas une manière de racisme : ce qui ferait la légitimité d’une femme noire écrivain serait qu’elle soit la compagne d’un auteur blanc ? C’est d’autant plus troublant comme rapprochement que je ne suis pas certain que quoi que ce soit les rapproche littérairement. Je plains ceux qui mentionnent cet état de fait, et les encourage à renouveller leur abonnement à Ici-Paris et Je suis partout.

Je rappelle qu’Eric Raoult s’est déjà rendu coupable de déclarations alarmantes de bêtise et de racisme, voulant, dans le désordre, rétablir la peine de mort pour les terroristes, placer la commune de Cichy-sous-Bois — qui avait été le foyer de départ des embrasements insurrectionnels de l’automne 2005 — sous tutelle, de même que de clamer que Le Raincy ce n’était pas Bamako. De là à penser que ce qui gêne surtout notre courageux député du parti d’extrême droite présidentielle chez Marie N’Diaye, c’est sa couleur de peau, il s’agit-là d’une évidence.

Et de là à penser que cette otarie de droite agit sur service commandé, il suffit sans doute de se demander quelle réforme insidieuse est masquée par cette polémique à la noix qui donne tant de sueurs au petit monde germanopratin ? Tiens en cherchant bien. La direction du livre et de la lecture que l’on fait disparaître. Je me demande quel peut bien être l’écart d’importance entre cette disparition et la noyade dans un verre d’eau d’un député de droite et d’un prix Goncourt récemment primé ?

Et que Marie N’Diaye ne nous en veuille pas de rappeler que dans le genre de la rébellion de l’auteur tout juste primé contre l’institution, Thomas Bernhard en recevant je ne sais plus quel prix littéraire — qu’on lui avait attribué pensant qu’il était mort — des mains du premier ministre autrichien de l’époque, avait placé la barre très haut pour ce qui est du courage politique, en prononçant un discours du même tonneau que le reste de ses livres dans lequel il disait assez bien sa détestation de son pays et des gens qui le gouvernaient, lequel avait fini par vider la salle entière à la suite du premier ministre se levant assez rapidement, imperturbablement Thomas Bernhard avait continué de lire son discours. Autrichienne également, Elfride Jelinek, dans son discours de réception du Prix Nobel, n’avait pas démérité.

Marie N’Diaye, les prochaines occasions où l’on vous tend un microphone, soyez moins conciliante — ne dites pas que vos propos sont exagérés, après avoir dit ce que vous pensiez. Cela fera du bien à ceux qui sont restés en France, faute, sans doute, d’alternative véritable à la question la France, aimez-la ou quittez-la. Ce faisant, sur la question politique, on vous prendra peut-être au sérieux. Pour ce qui est de la question littéraire, il va s’en dire, qu’on vous prend déjà au sérieux. Admiratifs que nous sommes.




Cet article déjà publié dans le bloc-notes du désordre, me vaut du courrier électronique dans lequel on me reporche entre autres choses de renvoyer dos à dos Eric Raoult, député d’extrême droite et Marie N’Diaye, je trouve que c’est mal lire. Je n’aurais jamais rien à échanger avec Eric Raoult membre du Mouvement Initiative et Liberté, cellule de réflexion (sic) d’extrême droite à laquelle participent également les enfants de choeur du genre Pasqua, Pandraud — ces deux-là ayant, pour un homme appartenant à la génération de Malik Oussekine, un écho terrible. En revanche ce que je reproche à Marie N’Diaye, et encore reprocher c’est un bien grand mot, c’est d’une part de répondre à la provocation de cette otarie d’extrême droite, mais encore de mal répondre, c’est-à-dire de façon conciliante dans un premier temps. Ce qui est un tort minuscule, on l’aura compris, tandis que les torts de Raoult sont évidemment immenses, insondables.