jeudi 1er février 2007, par Alain François, Philippe de Jonckheere
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Al, Il y a dans ce livre quelque chose de profondément américain, au même titre que le jazz est profondément américain, le jazz étant la seule expression culturelle vraiment américaine, mais tellement déconsidérée parce que l’héritage des Noirs. |
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Sérieusement, Phil, Black Hole est archétypal. Les personnages sont les mêmes que dans toutes les bd "chroniques" US de ma bibliothèque, et les mêmes que dans les films du même acabit. J’ai trouvé tout à l’heure trois bouquins avec l’image des post-ados sur le canapé dans le pavillon, avec bière, drogue et télé… Mais j’ai pris du plaisir à traverser son atmosphère délétère. Une réussite. Et j’ai trouvé la parabole psychologique à la fois d’un fantastique américain traditionnel et d’une subtilité agréable. Faudrait que je réfléchisse plus, mais c’est à la fois sans invention, comme toujours chez les Américains, et pourtant mieux. En fait ton histoire de Jazz est peut-être la solution : répétition d’un motif, mais interprétation, mais improvisation… et enfin, réinventions géniales. A la manière de son style instantanément reconnaissable alors qu’il re-visite un style américain complètement "historique". |
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Je crois, Al, que tout est là, dans le style à la fois instantanément reconnaissable et "historique", par ailleurs son récit est un gouffre qui emploit des ficelles qui font penser à celle de David Lynch, des jeunes gens américains voguent entre deux eaux et sont confrontés à des mondes qui les dépassent de beaucoup. |
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Phil, On devrait peut-être faire un article "épistolaire" pour leportillon ? Quand je pense à toutes les questions qu’il aurait fallu lui poser ! Il a parlé très vite du rapport à la nature, des grandes forêts, mais ce n’est pas un détail, la forêt est le personnage principal. Et le lieu qui extrait et protège. Alors qu’il y a un tueur caché dedans, malgré ça, ça reste le lieu qui sauve, qui sauve d’un bain social trop normatif. Il aurait aussi fallu insister pour savoir jusqu’à quel point la chose est autobiographique, derrière l’allégorie fantastique. Parce que si il y a une qualité particulière du récit, c’est aussi à cause du "senti" très précis de moment de l’adolescence, et surtout de cette étrange tension érotique spécifique de l’adolescence qui traverse le livre entier… Mais comme tu as l’enregistrement, peut-être y entends-tu plus que l’impression très superficielle qu’il m’en reste ? |
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Al, l’enregistrement n’est pas passionnant justement à cause des questions qui sont loin de pointer vers le fond du problème. Je ne suis pas certain qu’il faille chercher une raison autobiographique à ce livre, au contraire ce sont en fait beaucoup de clichés typiquement américains qui sont ici à l’oeuvre et il y a des allers-retous fréquents entre la culture américaine et la sous-culture, les deux ayant des liens profonds. Il y a également la figure de l’étrange, l’alien, c’est-à-dire littéralement l’étranger, et tous ces jeunes gens atteints de mutations et qui sont à la fois plus nombreux qu’on ne le pense, et qui tous ou presque s’ignorent en tant que tels, sont en fait la représentation de l’anticonformisme, du manque d’adhésion avec le modèle américain, |
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C’est exactement comme ça que je lisais la chose, Phil. L’allégorie fantastique représente la formation de la personalité chez l’adolescent et ses particularismes qui peuvent souvent éloigner de l’idéal social (underground, contre-culture, bande). L’éviction du monde adulte, les gueules déformées par une sorte d’acné géant, les frustrations sexuelles, la mue d’un des personnages, en sont des indices évidents. quand je parle d’autobiographie, c’est pour parler des indices microscopiques "d’observation" qui parsèment si légèrement l’ensemble des clichés, même si on peut hésiter sur leurs valeurs d’observation, comme les sensations lors d’un premier rendez-vous amoureux. Mais il y a quand même sa dédicace à une bande de copains qui finit par "je ne vous ai jamais oubliés"…<br> Une autre remarque : L’économie d’images pour porter le récit, à l’opposé de la narration "manga", mais aussi "comics", qui donne pourtant l’impression d’une longue traversée d’un grand récit. Pas négligeable dans la réussite, malgré parfois quelques images délicates à décrypter. Pas méchant. Céline me fait remarquer qu’il se moque de nous quand il dit qu’il y a un peu de sexe… C’est quand même le moteur de l’histoire… |
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Et ne me tente pas de trop pour ce genre d’articles dans le portillon, tu sais. je suis toujours très prompt à le faire ou encore enregistrer des conversations et les publier sur le site. |
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Et alors, Phil ? |
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Dont acte Al, dès que j’aurais une minute, mais tu peux le faire aussi, si tu veux, enfin quand tu auras fini le Quotidien, cuvée 2006, faut tout boire. |