vendredi 12 novembre 2004, par Alain François
Ceux qui avaient imaginé un réseau numérique mondial y voyaient l’avènement d’un totalitarisme définitif, d’un contrôle global des individus et jamais n’auraient pu penser le réseau tel qu’il s’est réalisé : comme permettant la communication privée entre deux humains ou qu’il soit aussi bien que la communication libre d’un vers tous ou l’avènement de communauté informelle et mouvante aux interactions si complexes qu’il faudrait aller cherche une théorie du chaos adapter à cet étrange objet sociologique pour avoir une chance d’en esquisser une image à peine satisfaisante.
Cette horizontalité ontologique du réseau qui permet simplement ce qui s’y passe - une explosion de culture, de rencontre, de production de forme et de sens - se heurte de plein fouet au mensonge historique du pouvoir qui assure à l’espèce que le réel est pyramidal, ce doit de l’être pour être moral, et ne peut se concevoir autrement sans danger mortel. Rien de mortel ne s’y est pourtant passé jusqu’à l’arrivée du commerce, et, étrange occurrence, des comportements délinquants. Non véritablement à cause du commerce dans sa nature première d’échange que par l’enjeu qu’il représente. Ce grand réseau devient maintenant, doucement, un grand lieu de l’enjeu et les tentatives contre nature de pyramidalisations (dilapidation ??) se succèdent pour l’instant sans succès laissant encore le réseau à son essence, à son destin, à sa révolution politique, culturelle, philosophique. Aujourd’hui les gens s’écrivent, les jeunes mêmes, qui soi-disant n’écrivaient plus, s’écrivent, de plus en plus, indépendamment des frontières où des classes sociales (qui passent mal sur le Net) et se re-trouve, bien sûr par le jeu des affinités dans des communautés, mais jamais communauté hermétique grâce à la grâce de l’hypertextualité. Un usager du réseau se cultive, qu’il le veuille ou pas, qu’il en ai conscience ou pas, par l’alchimie des rencontres et de l’accès naturel à l’information. Chaque objet d’intérêt s’étoffe, se structure, se complète sans trop d’effort et surtout sans temporisation. Une seule facette du phénomène en fait tout simplement, modestement (en regard de l’usage) la bibliothèque universelle. Rien que ça, mais loin d’être que ça, le réseau engrange tout, le pire comme tout le meilleur, mettant tout à porté de tous.
Qui donc prend la mesure de ce qui se passe ? Bien sûr, le futur totalitaire des cassandres nous guette puisque trop le désirent, pour le contrôle, pour la concentration des profits, pour la préservation des pouvoirs ou simplement par peur maladive du nouveau. Mais pour l’instant, par l’énormité, le réseau résiste à tout, assez normalement puisqu’il à été conçu pour résister à tout, et surtout à une guerre nucléaire (angoisse de l’époque de sa conception), et ses millions d’acteurs l’animent en se formant à son idéologie dissolvante des instincts grégaires.