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Philippe de Jonckheere

Un peu tard…

mercredi 2 août 2006, par Philippe de Jonckheere



Les administrateurs de Beaubourg sont des voleurs. Ils sont de droite. C’est officiel. Il faut être riche pour avoir accès aux expositions de Beaubourg. C’est dix euros. Avec dix euros, vous allez partout dans le musée. Mais c’est dix euros. Si vous voulez aller voir l’exposition de Los Angeles, mais que vous n’êtes pas du tout intéressé par l’exposition de Dave Smith, ce n’est pas grave vous payez pour les deux quand même. Je hais ce petit peuple de comptables et d’aministrateurs.


Cela n’a pas été facile de sortir de cette colère noire pour visiter effectivement l’exposition de Los Angeles, encore que de me retrouver nez à nez avec un tableau d’Ed Rusha, en vrai, pas vu depuis des lustres, puis deux très belles compositions d’Hamilton et très rapidement la petite pièce consacrée à John Baldessari ont vite fait de me faire oublier le prix exorbitant du billet d’entrée de cette exposition. Puis quelques photographies des performances de Chris Burden et d’Allen Kaprow, une vidéo de Bill Viola, Anthem, elle aussi plus vue depuis très longtemps &#151 les cours d’histoire de la vidéo par Don Foresta aux Arts Décos, pour être précis &#151 le plaisir immense de revoir des pages de magazine avec la photo du soldat vietnamien portant les deux têtes décapitées, sérigraphiée à même le magazine, de Robert Heinecken &#151 ce n’est pas spécifié dans l’exposition, mais il faut tout de même savoir que les magazines en question avaient été kidnappés par Robert et certains de ses étudiants d’UCLA, nuitamment, avant qu’ils ne soient envoyés à leur abonnés, qu’ils avaient ensuite été sérigraphiés, puis reconditionnés et renvoyés tels quels aux abonnés.

La profusion et la richesse de l’exposition me donne aussi à revoir à la fois ce qui tenait lieu d’enseignement presque à Chicago, mais aussi à une sensation disparue depuis, celle du sens de la communauté. Et je ne parle pas des années 70 en tant que telles, je veux parler de communauté géographique. En 1964, pour la première fois depuis qu’elle existe la Biennale de Venise ne primera pas un artiste français, mais Robert Rauschenberg et depuis lors ce seront presque toujours, jusque dans les années 80, des artistes américains qui obtiendront ce prix, plus jamais des artistes français. D’abord ce seront les Américains de la Côte Est, plus spécifiquement de New York, Robert Rauschenberg donc, Jasper Johns, Andy Warhol, Roy Lichtenstein qui attireront l’attention, mais avec les années 70 cet épicentre se déplacera vers l’ouest, vers la Californie et Los Angeles notamment. Et c’est alors quelque chose d’assez nouveau qui ré-apparaîtra dans l’histoire de la peinture, le sens de la communauté. Ce qui rapprochait Kokoschka et Schiele, puis Picasso et Braque, qui sans doute a joué aussi entre Klee et Kandinsky, sera désormais une affaire de voisinage &#151 neighborhood &#151 entre Rauschenberg et Johns, puis entre Baldessari et Heinecken.

François me parle souvent de Munch et de Strindberg se retrouvant le soir à la taverne après la journée de travail. Avec lui, je veux bien croire qu’internet va jouer ce rôle communautaire, d’ailleurs un tel endroit existe déjà en ligne, il s’agit du Terrier.

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