Philippe De Jonckheere


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Philippe De Jonckheere a écrit 179 articles pour Leportillon
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Desordre

« Comment j’en suis arrivé à un tel désordre ». 

Au tout début du désordre était cette fascination pour la petite fenêtre lumineuse, allumée jusque tard dans la nuit et de laquelle jaillissaient et apparaissaient tour à tour, des poèmes de Charles Baudelaire, des peintures de Joan Mitchell, des insultes shakespeariennes, une revue sur Marcel Duchamp, des reproductions des manuscrits de Proust, un annuaire de couleurs, de cette fenêtre il était également loisible de jouer aux échecs contre un autre fictif, ou au scrabble contre un ordinateur trappu. De la petite fenêtre je pouvais aussi lire le journalconsulter le dictionnaire ou une encyclopédie et surtout la petite fenêtre éclairée m’offrait la sidérante facilité de passer du coq à l’âne grâce aux liens qui me faisaient rebondir d’un livre à l’autre, d’un coin de cette terre à l’autre bout du globe : j’étais comme le papillon de nuit létalement épris de la lueur électrique. Ces luxueuses déambulations me donnnèrent envie de participer, aussi modestement soit-il, à ce grand fourbis __ bric-à-brac qui un jour supplanta mon dictionnaire indocte de ce que pouvait être une scutigère, rencontrée dans la Jalousie de Robbe-Grillet ( c’est à dire qu’en dépit des efforts de Robbe-Grillet de s’attacher aux moindres détails de la bestiole, je me faisais une image assez floue de son apparence ), une simple recherche sur le réseau m’éclaira instantanément, hommage soit rendu à un passionné d’insectes ravageurs qui avait apporté sa modique contribution au grand capharnaüm.

Alors comment comptais-je remplir les 100 mega-octets octroyés par mon fournisseur d’accès (ces 100 unités ne voulaient à l’époque pas dire grand chose pour moi, tout au plus je me fis la remarque amusée, qu’un jour donc, mon site « péserait » peut-être 100 méga-octets à l’image du quintal de son auteur) ? Songeur, je regardais les boîtes et les boîtes empilées sur les étagères , les brouillons qui trainaient sur la table, l’ordinateur dont le « bureau » était lui aussi constellé de programmes, de fichiers, de gadgets et de trouvailles, la poubelle (je ne parle plus de celle de l’ordinateur) et ses ratés, ces dessins tracés pendant des écoutes téléphoniques distraitres (telephone drawings), le manteau de la cheminée comble des auteurs qui « servent en ce moment », etc… : ça répondait à la question en somme. J’avais en effet vu de ces sites où tout ou partie d’une image vous prend par la main pour vous emmener en visite, et j’entendais donc en faire autant, il suffirait de cliquer sur un élément, un tiroir, une boîte, un cendrier, et je donnerais à voir ce qu’il recèle.

Avec l’enthousiasme des néophytes*, je me lançai dans cet inventaire sans ordre et sans chronologie, et, naturellement, une idée renvoyant à une autre, je devins vite grisé par les liens hypertextes, ces étonnants vecteurs qui catapultent le lecteur d’un bout à l’autre de la planète, à l’image du tortueux parcours de lecture dans Marelle de Julio Cortazar. « Lorsqu’on commence à faire sa part au silence, il l’exige toujours plus grande » ( Maurice Blanchot in la Part du feu ). Il en va de même pour l’absence d’ordre, le désordre, qui conduisent surement au règne sans partage de l’association d’idées. L’émerveillement du début débouchait finalement, maintenant, sur la représentation fidèle d’idées, de pressentiments et de perceptions déjà anciennes : le caractère protéiforme des personnalités, la concordance dans le temps de pensées diverses __ cette difficulté si chère à Malcom Lowry d’exprimer plusieurs pensées simultanées __ et notre appréhension sans cesse changeante, sans cesse altérée par le temps. Nos existences sont des labyrinthes dont certains méandres sont communs à d’autres dédales empruntés par d’autres ( pas toujours contemporains d’ailleurs ). Ces réseaux sont amenés à s’intercroiser à l’envi, pourvu qu’on ait l’intelligence de s’y perdre. Sur la petite fenêtre lumineuse j’offrais enfin aux autres voyageurs ne serait-ce qu’un infime pixel, qui s’éteindrait sans doute un jour, mais qui aujourd’hui brillait de toute sa fierté de nouvel arrivant.

(*) enthousiasme qui faiblit à plusieurs reprises, au fur et à mesure des embuches techniques qui jonchaient mon chemin incertain. Il y aurait long à dire sur ces taupinières informatiques qui paraissent des montagnes de prime abord et qu’on surmonte à l’aide de son bon sens, mais aussi sous une pluie fine des quolibets et des sarcasmes des personnels des services de support en ligne.

Les articles publiés par Philippe De Jonckheere

Trouvé sur une clef USB, un diamant incomparable

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Ce que l’on pardonne à ceux qu’on aime

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Faire théâtre de tout, revendiquait Antoine Vitez. Prenez une idée merveilleuse. Le Méridien de Paris, cette ligne droite, dont le segment compris entre Dunkerque et Barcelone, passe, comme son nom l’indique, par Paris, et dont la stricte division en un million d’unités allait donner le mètre universel, et non plus la mesure du bras du Roi, entre l’index et (...)

La perruque du directeur de cabinet

Hier soir je suis allé voir l’Exercice de l’Etat de Pierre Schoeller, dont je dois dire que j’ai peu goûté la complaisance à l’égard du pouvoir, notamment la servilité avec laquelle ce film voudrait nous faire croire que nos hommes politiques, singulièrement ceux de droite, c’est-à-dire, ceux qui sont au pouvoir depuis 1958, avec une parenthèse enchantée entre 1981 (...)

Ici on noie les Algériens, là l’histoire

Quelle déception qu’Ici on noie les Algériens de Yasmina Adi ! Voilà un film qui passe complétement à côté de ses enjeux, alors même que l’on ne pouvait pas soupçonner, un seul instant, le caractère louable de ses intentions. Dans le contexte haineux de la Guerre d’Algérie, et de ses répercussions à l’intérieur de la métropole, une manifestation d’Algériens contre (...)

La photographe du cauchemar américain

Une fois de plus le Jeu de Paume réussit une scénographie très remarquable, dans le cas présent pour nous faire toucher au plus près le mystère de Diane Arbus. Le visiteur est invité à entrer dans l’exposition par une première salle de petites dimensions dans laquelle sont exposées une petite huitaine de photographies parmi les plus connues de Diane Arbus, à la (...)

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Une polémique enfle à propos de l’exposition, From Here On aux Rencontres Internationales d’Arles, je suis très amusé de lire certains se gonfler d’orgeuil, la photographie numérique et son corrolaire de mises en réseau, est enfin considérée intitutionnellement — ce qui n’est pas obligatoirement une heureuse nouvelle —, ce ne sont pas d’ailleurs nécessairement les (...)

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Des incantations écoeurantes, en trois dimensions

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Le roi est nu et ses films sont nuls

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Il y a un cinéma que je déteste par dessus tout, c’est le cinéma des publicitaires. Quand un publicitaire se pique de faire du cinéma, voici comme il procéde. Incapable de se départir de son microcosme, il imagine avec candeur, que les méthodes de travail qui sont les siennes dans la publicité fonctionneront en toutes circonstances. Les publicitaires, il suffit (...)

Il y a un os

Un jour peut-être les réalisateurs américains, même les indépendants, auront le courage d’emmener leur personnage principal jusqu’au cimetière. Ce qui impressionne d’emblée dans Winter’s Bone de Debra Granik, c’est que ce n’est pas si souvent que l’on voit dans un film de fiction américain l’Amérique telle qu’elle est aussi, c’est-à-dire un pays du Tiers Monde, un (...)

La Mercedes d’Heydrich était de couleur noire.

HHhH de Laurent Binet me pose bien des problèmes et bien des questions, je n’avais pas nécessairement décidé d’en tenir la chronique, mais je vais tenter de le faire ne serait-ce que pour m’aider à voir plus clair dans ce texte, à faire le tri de mes pensées à son propos. D’ailleurs à ma dificulté à envisager un axe pour la chronique je mesure pleinement mes propres (...)


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